
Extraits de
Éditions Gallimard (2007)
« Prisonnier au berceau »
Ma chambre donnait sur une cour où des hortensias, dans l’ombre qui leur est favorable, proposaient leurs vibrations bleues.
Quand je voyais un papillon blanc voleter au-dessus des fleurs, hésitant, cherchant son chemin dans un labyrinthe d’air, se cognant à des murs invisibles et soudain s’élevant très haut dans le ciel, j’étais aussitôt guéri de toute mélancolie.
La lumière vagabonde de ses ailes qui venait me délivrer m’enchantait. Ce crépitement du blanc au-dessus des fleurs bleues, comme une suite d’étincelles dans une cuve remplie de gaz, faisait exploser la cour qui devenait un puits de feu.
Une telle expérience peut certes être vécue partout mais jamais mieux que dans une ville pauvre, persuadée de sa propre insignifiance. La prétention empêche de voir plus loin que soi.
Chaque jour quelque chose venait ainsi pour me sauver, porté par de légères ailes de feu.
Dans la guerre depuis toujours menée entre notre âme et les ténèbres, un papillon peut nous aider à remporter la victoire.
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© Christian Bobin | ChristianBobin.fr
PRISONNIER AU BERCEAU (2007)
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