Amour de soi | Mieux-être

Bertrand RUSSELL: Les trois passions du bon génie.

Photo par Sixteen Miles Out sur Unsplash

Extraits de
« Autobiographie (1872-1967) »

Éditions Les Belles Lettres (2012)

Trois passions, simples mais extrêmement fortes, ont gouverné ma vie: la recherche passionnée de l’amour, la quête du savoir et une douloureuse pitié devant la souffrance de l’humanité. Ces passions, comme de grands vents, m’ont soufflé ici et là, dans un cours inconditionnel, au-dessus d’un profond océan d’angoisse, atteignant jusqu’au bord du désespoir.

J’ai cherché l’amour, d’abord parce qu’il est extase – extase si puissante que, plus d’une fois, pour en jouir seulement quelques heures j’aurais volontiers sacrifié le reste de mon existence. Je l’ai cherché en second lieu, parce qu’il nous délivre de la solitude, de cette affreuse solitude qui amène notre conscience à se pencher en frissonnant sur l’abîme insondable et glacé du non-être. Je l’ai cherché, enfin, parce que j’ai vu dans l’union amoureuse comme une préfiguration mystique du ciel, tel que l’ont rêvé les saints et les poètes. Voilà ce que j’ai cherché et – bien qu’un tel bienfait semble hors de notre atteinte – ce que j’ai fini par trouver.

Non moins passionnément j’ai aspiré à la connaissance. J’ai voulu comprendre les cœurs humains. J’ai voulu savoir ce qui fait briller les étoiles. J’ai tenté de capter la vertu pythagoricienne qui maintient au-dessus de l’universel devenir le pouvoir des nombres. De ces ambitions, j’ai réalisé une petite, une toute petite partie.

L’amour et le savoir, pour autant qu’ils m’étaient accessibles, m’élevaient au-dessus de la terre. Mais toujours m’y a ramené la pitié. Les cris de douleur se répercutaient au plus profond de moi. Enfants affamés, victimes des oppresseurs et des tortionnaires, vieillards sans défense devenus pour leurs enfants un odieux fardeau – tout un monde de douleur, de misère et de solitude bafoué la vie telle qu’elle devrait être. Quand je voudrais tant remédier au mal, je ne peux qu’en souffrir moi-même.

Telle a été ma vie. Elle m’a semblé digne d’être vécue, et je la revivrais volontiers si la chance m’en était offerte.

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© Bertrand Russell | The Bertrand Russell Society
AUTOBIOGRAPHIE (1872-1967) | (2012)

Chères lectrices, chers lecteurs, Prenez avis que ce texte a été publié pour l’intérêt informatif qu’il représente en lien avec le thème abordé sur ce blogue. Bien que je sois vigilante quant à la crédibilité de sa source, votre discernement doit prévaloir en tout temps. Utilisez-le. Votre hôtesse, Andree Boulay.

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