
Publication de Thierry Desbonnets
27 décembre 2023
Qui, dites-moi qui, n’a jamais eu ce sentiment, celui d’être incompris, celui d’être un inconnu, de tous ceux qui l’entourent? Qui ne s’est senti étranger dans sa propre famille, au milieu de ses proches, perdu parmi ses amis, préjugé par trop de familiarité?
S’avouer sa propre singularité, y reconnaître la part de ses blessures et la part de ses rêves, oser et exprimer ses différences, est déjà inhabituel. C’est travail de soi chaque jour renouvelé, une négociaition, un accord, toujours sur la selette, dont on ne sait vraiment si c’est le fruit du hasard ou de la nécessité, accidentel ou prémédité. Qu’un autre, qui croit déjà nous connaître, qui a son idée précise de nos forces et de nos faiblesses, nous suive dans ses méandres du chemin de soi, est encore plus exceptionnel.
Il est alors possible que nous ne connaissions jamais vraiment personne et que personne, vraiment ne nous connaisse. Pourquoi cela? Sans doute parce que, au-delà de l’apparence et de nos croyances, aucun de nous n’est un système vraiment clos, nous sommes bien plus poreux, bien moins étanche et bien plus ouvert que nous ne l’imaginons. L’indicible et l’imprévisible continuent à façonner en nous le connu et le prévisible.
Si je suis cet inconnu pour l’autre, c’est que je me montre à lui comme un autre que « moi-m’aime » et qu’il en fait de même. À ce jeu de dupes, il se peut qu’on perde tous les deux. Souvent même, refus de nos propres « bizarreries », à tort ou à raison, vient tout autant de soi que de l’autre. Nous craignons que soient impudiques ou scandaleuses ces étrangetés à nous-même, ce « même » interpersonnel, qui voudrait que nous soyons tous pareils ou à peu près, quand elles ne sont que l’expression singulière d’une identité toujours une peu tatonnante parce que mal-voyante.
Ainsi, nous sommes tous d’un peuple mal-voyant de nous-mêmes et des autres, préférant les sentiers battus et balisés à la folle et libre exploration des paysages intérieurs sauvages qui font notre terre intime. Reconnaissons alors que nous ne connaissons pas mieux que nous sommes connus, et devenons attentifs aux déambulations nouvelles de la rencontre de soi et de la rencontre de l’autre.
____________________
© Thierry Desbonnets | Bouts d’zen
NOTRE TERRE INTIME (2023)
Chères lectrices, chers lecteurs, Prenez avis que ce texte a été publié pour l’intérêt informatif qu’il représente en lien avec le thème abordé sur ce blogue. Bien que je sois vigilante quant à la crédibilité de sa source, votre discernement doit prévaloir en tout temps. Utilisez-le. Votre hôtesse, Andree Boulay.
