
Publication de Thierry Desbonnets
28 décembre 2023
On entend parfois dire, pour nous inviter à la spiritualité et nous reconnecter à notre transcendance, cette très belle phrase: « Nous ne sommes pas des êtres humains vivant une expérience spirituelle, mais des êtres spirituels vivant une expérience humaine »¹. On y entend un appel, celui qui nous redit que notre nature ne peut se réduire, ni à notre matière, ni à notre mental, et que c’est leur unité qui fait notre totalité. Mais une lecture rapide de l’adage nous enverrait sur une fausse piste, celle de deux natures distinctes, celle d’une alternative que les humains prendraient la plupart du temps en se trompant de voie, celle aussi de la supériorité de la nature spirituelle sur la nature humaine.
Dirions-nous « Nous ne sommes pas des fleurs vivant un expérience parfumée, mais des parfums vivant une expérience florale? » Il n’y a pas de séparation de la fleur et du parfum, c’est dans le même temps que la fleur fait l’expérience du parfum et que le parfum fait l’expérience de la fleur. Le temps de la vie, fleur et parfum sont insécables, seule la mort de la fleur permet de la séparer de son parfum… C’est peut-être ce que la mort fait de notre âme quand le corps perd la vie…
Dirions-nous « Nous ne sommes pas des chenilles vivant une expérience de papillon, mais des papillons vivant une expérience de chenille? » A quoi servirait au papillon de revenir en arrière, sinon à espérer ainsi annuler la mort de l’un et de l’autre dans un éternel recommencement qui ne serait alors que revivre sans fin le même jour, le condamnant à une éternité stérile? A quoi servirait à la chenille de se rêver des ailes, que seule la mort pourrait lui promettre, tout en continuant à ramper comme une larve?
Pour moi, il n’y a pas d’opposition, pas de contradiction, pas d’alternative, ni même de succession entre notre humanité et notre spiritualité. Elles sont synchrones et symbiotes, partageant le même temps et la même vie. Les grandes traditions religieuses et de sagesses le disent chacune à leur façon. L’expérience spirituelle est une expérience du présent, une façon particulière d’expérimenter la relation au monde, à la vie et à l’autre, qui saisit toute notre expérience humaine. Elle ne s’en sépare pas, elle l’embrasse. Elle n’en retient pas que les plus nobles aspects, que les plus beaux moments, elle les prends tous.
L’unité de l’expérience humaine et de l’expérience spirituelle est l’affaire du cœur, l’affaire de la conscience profonde d’être soi-même une expérience de la vie que fait la Vie en nous. Ce qui fait la force de ce rappel à l’unité de l’expérience humaine et de l’expérience spirituelle, c’est que notre mental l’oublie ou qu’il n’y croit pas, tant le monde ou nous-même peuvent paraître décevants, cruels, déjà condamnés à mort. Ce qui fait la force de ce rappel à l’unité de l’expérience humaine et de l’expérience spirituelle, c’est que notre cœur ou notre âme s’en souviennent. Ils se souviennent que l’univers lui-même, tout entier, s’effondrerait s’il n’y avait cette formidable énergie qui fait tenir les choses ensemble, qui les fait tenir les unes aux autres et que cela tient du miracle.
L’unité de l’expérience humaine et de l’expérience spirituelle tient donc seulement de cette conscience que ce miracle là ne doit pas cesser, et qu’il ne cessera pas tant que nous ne les sépareront pas. Il n’y a pas l’ego et le moi profond, il n’y a pas le temps qui use nos peaux et l’enfant intérieur, il n’y a pas le profane et le sacré, notre existence réelle et notre existence idéale. On aurait beau jouer ça à pile ou face, nous ne sommes que d’une seule pièce.
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¹ Pierre Teilhard de Chardin (1881-1955).
© Thierry Desbonnets | Bouts d’zen
NOUS NE SOMMES QUE D’UNE SEULE PIÈCE (2023)
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