Amour de soi | Mieux-être

Andree BOULAY | Vivre et laisser vivre.

Photo de Dario Fernandez Ruz provenant de Pexels

Publication de Andree Boulay Blogue

13 septembre 2026

Depuis quelque temps, je m’interroge sur la légitimité de vouloir donner un sens à ma vie, car comme le décrit si bien Christiane Singer : « La vie n’a pas de sens, ni sens interdit, ni sens obligatoire. Et si elle n’a pas de sens, c’est qu’elle va dans tous les sens et déborde de sens, inonde tout. Elle fait mal aussi longtemps qu’on veut lui imposer un sens, la tordre dans une direction ou dans une autre. Si elle n’a pas de sens, c’est qu’elle est le sens. »¹

Or, en osant plonger dans les profondeurs de ma sagesse innée, j’ai découvert que chercher un sens à ma vie n’était pas une quête philosophique : c’était une énième stratégie de survie. Une manière de rendre l’inacceptable traversable, de donner un contour à la douleur qui m’habitait, de rester en lien avec moi-même malgré la violence des ressentis qui jalonnaient ma route.

Cette plongée m’a permis de voir que je crois profondément — et même viscéralement — qu’il me faut trouver un sens pour survivre à l’invivable. Que donner un sens à mon expérience humaine n’est autre qu’un amortisseur, un fil d’Ariane, une manière de tenir debout dans la nuit. Plus encore : cette croyance me protège. Elle me permet d’affronter des mémoires qui dépassent l’entendement humain; elle donne une forme à l’informe, une cohérence à ce qui menace mon intégrité.

Mais, sans trop comprendre pourquoi, quelque chose a commencé à se fissurer. Non pas une rupture, mais un glissement, une mue silencieuse. Cette quête de sens, autrefois vitale, s’est, tout à coup, mise à peser. Elle est devenue une cage subtile, une exigence qui ne correspondait plus à mon état intérieur. C’est comme si je ne pouvais plus continuer à vivre en demandant à la vie de se justifier pour que je puisse la traverser.

Depuis, je sens que je suis aux balbutiements d’un deuil : le deuil de la quête elle-même… et ce nouveau paradigme m’indispose. Mais pour l’avoir expérimenter, je sais que dépasser mes appréhensions me mène vers la grâce d’une compréhension profonde, une incursion salvatrice qui me permet de réaliser que ce deuil n’est pas un renoncement au sens. C’est plutôt un renoncement à l’obligation du sens. À la croyance que la vie doit être intelligible pour être vivable. À l’idée que je dois comprendre pour accepter, libérer, respirer.

Depuis, une part de moi veut se défaire de l’ancien pacte : celui qui disait que le sens était la condition de mon existence.

Comme toute prise de conscience, celle-ci provoque multiples bouleversements émotionnels, de nouvelles vagues émergent, des barrages s’effondrent. Une autre forme d’allégeance apparaît, plus simple, plus nue, plus vraie. Je découvre que je n’ai plus vraiment besoin de trouver un sens pour vivre, pour libérer, pour accepter. Je découvre que mon allégeance n’est plus envers le sens, mais envers l’incarnation, envers l’expérience humaine qui m’est proposée de vivre.

Cette plongée me permet de saisir que l’incarnation n’exige pas d’explication. Elle ne demande qu’une présence. Elle ne réclame pas de cohérence. Elle réclame un consentement. Elle ne cherche pas à ordonner l’expérience. Elle cherche à l’habiter. Ce déploiement ne me semble pas une fuite hors de l’expérience elle-même, mais plutôt une entrée plus profonde dans l’acceptation de cette réalité qui est mienne.

Depuis quelques années déjà, j’ai cessé de diaboliser l’ego et d’encenser l’âme ; j’ai choisi de dépolariser le débat. Cette position, à contre‑courant du narratif ambiant, m’offre aujourd’hui la liberté de voir que cette « voie bilatérale » est simplement complémentaire. Que dans un scénario sain et équilibré, l’ego cherche un sens quand il en a besoin et l’âme habite l’expérience quand elle en a envie. Qu’entre les deux, la conscience navigue, libre, souple, réconciliée.

Toute vérité réside dans la simplicité… la mienne, la leur, la vôtre. Une simplicité qui semble irréelle dans un monde où le contrôle prime sur toute action. Mais la vérité ouvre, déploie… il suffit d’être plutôt que de faire, de vivre plutôt que de survivre, d’être témoin de l’existence d’une complicité authentique entre l’ego et l’âme. Autoriser chaque part à prendre sa place. Laisser la vie circuler sans chercher à justifier. Laisser le sens émerger quand il veut, et se taire quand il doit.

Vivre et laisser vivre : c’est peut-être cela, l’allégeance à l’incarnation.

____________________
¹ Christiane Singer | Où cours-tu ? Ne sais-tu pas que le ciel est en toi ? (2003)

© Andree Boulay | andreeboulay.com
VIVRE ET LAISSER VIVRE (2026)

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.